J'avais prévu de n'aller à aucun spectacle cette année, parce que ma semaine de vacances devait en réalité faire office de semaine de révisions. Puis finalement, comme la divinité du labeur n'était pas avec moi... Mais j'y reviendrai plus tard. Tout d'abord, l'ambiance, comme d'habitude : odeur de grillé, tartiflette, sandwiches au magret, barbes à papa, des stands à bibelots, couleurs flashy, il y en a pour tous les goûts tant qu'ils sont kitsch, une foule de gens aux goûts vestimentaires variés, fagotés comme des clowns assez souvent, des concerts gratuits, avec des jeunes punks qui font des vocalises involontairement (puberté oblige), ou encore des heavy métalleux ringards avec des cheveux très longs mais pas coiffés. Ringards, j'ai envie de leur offrir des ciseaux et des pinces-crabes, ils sont ridicules parce que ce genre de musique l'est, d'une certaine façon... Mais ce sont mes préférés, et les écouter gratuitement est très agréable. C'est marrant à voir et le rythme est relativement reposant. Puis j'ai un faible pour tout ce qui se veut nostalgique.

Mon premier 'spectacle' berruyèrement printanier, gratuit pécuniairement parlant mais qui m'a tout de même coûté plus d'une heure de queue dans une fraîche mâtinée pâle : Le fou du roi, France Inter, vendredi 18 avril 2008 :
Comme de coutume, Stéphane Bern est venu honorer le printemps de Bourges de son auréole capillaire ! J'ai attendu près d'une heure et demi devant l'auditorium de Bourges pour voir ce parangon de courtoisie audiovisuelle. Mes attentes ne furent pas déçues : l'affabilité de Stéphane Bern fait un bien fou. Ã?tre son invité doit être très agréable. Du reste, son sweet bleu marine sobre et décontracté ainsi que son jean serré comme il fallait mettaient la sveltesse de son corps bien proportionné en valeur.
Invités : Camille, toute folle, Yaël Naim et David Donatien, et Thomas Dutronc, tout timide. Invité aussi Daniel Colling en deuxième heure, directeur du Printemps de Bourges, et qui a été le producteur de Pierre Desproges.
J'ai aussi enfin pu mettre des têtes sur les zigomards de sa majesté Stéphane :
Régis Mailhot : s'il n'est décidément pas drôle, il est assez agréable à regarder quand il ne parle pas dans le micro.
Didier Porte : la classe. Je l'imaginais avec un physique de bourrin, mais en fait ce monsieur ressemble plus à un notaire qui aurait passé une semaine dans la jungle sans rasoir qu'à un bourrin. Nous a prédit que Bourges, dans un an, ce serait comme le Kosovo une veille de réveillon. (ou un lendemain de réveillon, en fait, je ne sais plus ce qu'il a dit. C'est quoi le pire, une veille ou un lendemain ?)
Puis France Inter a consacré sa journée à Pierre Desproges, mort il y a 20 ans déjà. Daniel Morin a lu des extraits du discours que l'artiste a déclamé en 1987, alors qu'il était l'invité d'honneur salle du Balajo à Paris pour présenter le Printemps de Bourges :

"Monsieur le conseiller général du Cher, Monsieur le maire communiste de Bourges (comment peut-on ?), Monsieur le président du conseil régional de la région Centre, Messieurs les politicards de droite et de gauche, Mesdames et Messieurs les professionnels honnêtes ou véreux du spectacle, Camarades artistes, vedettes ou ringards, cher Daniel Colling, qui avez su faire du Printemps de Bourges ce qu'il est aujourd'hui, je veux dire un authentique et véritable bordel.
A tous les amis de la musique de nègres et de la culture sous chapiteau, bonsoir !
En l'absence de Coluche qui a été retenu par un cercueil et de mon confrère Guy Bedos qui participe en ce moment même à la remise du prix Gauche-caviar à Laurent Fabius pour son livre Je m'ai bien maré à Matignon, en l'absence des roi du rire, c'est à moi, Mesdames et Messieurs, qu'échoit le redoutable honneur de présider cette grotesque mascarade promotionnelle et médiatique dont l'intérêt culturel n'échappera à personne.
En effet, Mesdames et Messieurs, le Printemps de Bourges j'en ai rien à secouer, je hais le rock, je conchie la musique classique, le jazz m'éreinte et Jane Birkin commence à nous les gonfler avec ses regards désolés de mérou au bord des larmes.
J'ai reçu le dossier de presse de ce énième Printemps de Bourges. C'est avec consternation que j'ai pris connaissance du programme des réjouissances qui vont se dérouler chez les bouseux berrichons. Le croirez-vous : en dehors du mien, aucun des noms d'artistes tous azimuts qui défilaient sous mes yeux ébahis ne m'était familier.
Bien sûr on relève dans cette liste, ô combien cosmopolite, les noms de vieilles célébrités du flon-flon pré-pompidolien comme Charles Trenet, le Fanon chantant, ou Gustav Mahler du Balajo munichois, ou ceux de quelques brâmeurs moribonds du gospel des fifties comme ce pauvre Ray Charles qui, lui non plus, n'est pas blanc-blanc dans cette affaire. Pour le reste, rien. Le désert, le néant. La boîte crânienne à Lalanne. Dans ces conditions, Mesdames et Messieurs, je vous le demande : pourquoi diable aller à Bourges ?
Car enfin, que nous propose ce Printemps pourri, en dehors de ces spectacles nauséabonds ? Des expositions. Quelles expositions ? (je lis) A la maison de la Culture, seront exposés les instruments traditionnels des musiciens du Berry. Quel Berry ? Richard Berry ? Claude Berri ? Jules Berry ? Strawberry ? Quels instruments du Berry ? La cornemuse berruyère à souffler dans les chèvres ? Le tromblon chérois ? Allons-nous, amis Parisiens, qui sommes tous débordés par l'exigeante âpreté de nos tâches urbaines qui nous conduisent chaque jour au bord de l'infarctus et de l'illégalité, allons-nous tout quitter brutalement pour aller mirer des binious chez les ploucs ?
Et qu'est-ce que c'est que ce village de sponsors ? Dont le dossier nous dit (je cite) : La nouvelle salle du festival abritera l'accueil professionnel. On y trouvera un tout nouvel espace "Le Village des Sponsors" lieu de rencontre privilégié où se retrouveront les journalistes, artistes, partenaires du festival. Moi je veux bien. Mais qui nous dit que des capotes seront bien distribuées à l'entrée ?
Alors ? Qu'aller faire à Bourges ? Dormir à l'Hôtel d'Angleterre, où, si j'en crois le dépliant local, les chiens et les handicapés physiques sont admis ? Coucher avec un paraplégique ou un cocker, piètre consolation, n'est-t-il pas vrai, pour qui n'est ni zoophile ni suceur de béquille.
Non, cher amis culturo-dépressifs que seule la soif de Sancerre a éjaculé du bureau, comme elle fait sortir le loup du bois, non, chers amis parasites venus se goinfrer aux frais de la branche dure du groupe Vingt dioux la Marie, V'là les gars de Paris qu'arrivent, non nous n'irons pas là-bas, malgré le chant des sirènes qui nous crient aux oreilles, tel François Léotard coursant la mère Duras dans la rue Séraucourt : Au cul la vieille, c'est le Printemps de Bourges !"

Ce n'est malheureusement pas sur cette note charmante que je clôturerai ce billet. Non, il me faut parler tout de même du spectacle infernal et calamiteux que je suis allé voir hier soir à la Cathédrale Saint Etienne. Et pour le coup ça n'a rien d'ironique.
Le spectacle s'intitulait Bach to 2008. Donc, puisque comme tout le monde j'aime Bach (sauf l'orgue), je me suis dit 'cool, ça peut pas être désagréable'. En plus il était présenté comme une rencontre entre le classique et l'électronique. Donc, a priori, du classique avec des rythmes électro. Naïve que je suis ! Je me suis lourdement trompé, et je l'ai su dès les deux premiers morceaux. Au début, juste des violons plaintifs sur une nappe électro sous-marine. C'était un peu planant, comme des chants de cétacé... Puis... Ca s'est transformé en musique de film d'horreur pourri. Et c'était très long. Chiant, moche, stressant et long. Où était Bach dans tout cela, me direz-vous ? Hé bien dans deux morceaux sur huit. Le premier Bach : du Bach pour cordes, joué normalement, un bon moment de répit pour mes oreilles écorchées. Mais, le deuxième Bach : de l'orgue. Et l'orgue, je n'adore pas. Puis, plus de Bach du tout. Seul deuxième petit répit, vers la fin : la trompette d'Ibrahim Maalouf. Sinon, un cauchemar. Ce qui confirme que je déteste la musique contemporaine.

Nous sommes déjà dimanche, et le Printemps, sous un temps des plus pourris, touche à sa fin. On est toujours triste lorsque le printemps s'arrête. Je suis encore plus triste que les autres, parce que c'est la dernière fois que je peux profiter du festival en tant que berruyère qui n'habite qu'à 20 minutes de marche du lieu des festivités.

J'aime Bourges. J'aime son Printemps, mais aussi ses maisons à colombages, sa poste néo-gothique, son petit centre ville adorable plein de boutiques de jeux vidéo, ses restaurants, ses marais avec ses jardins, ses barques, ses grenouilles, ses fleurs. J'aime la rivière d'Auron, le muséum, la rue d'Auron avec son bouquiniste et ses bijoutiers. J'aime la cathédrale, la place de la cathédrale et le jardin de l'archevêché qui fait danser les vieux le dimanche soir. Bourges, ma ville destinée, celle qui recueille certains de mes souvenirs parmi les plus sapides. Là où pendant le printemps de Bourges 2002 j'ai senti les phéromones de Gabriel d'assez près pour pouvoir me dire, en rentrant dans ma grise Moselle natale, 'que cet homme me manque' ! Mes premiers concerts, liés à des phases ridicules de geekage intenses mais si douces. Puis en 2004, je quitte Metz pour venir habiter à Bourges avec Gabriel. Cinq Printemps de Bourges.
Le tout premier, 2002, pas de concerts en vérité, j'étais trop jeune. Juste l'ambiance et la tartiflette, et les occupations de geek en fête dans le petit appartement de mon adoré.
2003, avec Maxime : Watcha, Aqmé, Lofofora, les Wampas, Dropkick Murphys avec un joueur de cornemuse en kilt, Superbus sur lesquels Didier Wampas a balancé des pétards.
2005, avec Maxime, Lada, Guillaume, et Khalid pour un concert. (je me permets de mettre les noms puisque personne ne lit mon blog en principe et que si par exception une personne lit, alors c'est quelqu'un qui me connaît) Asian Dub Foundation, TTC (beurk, la torture), Mass Hysteria, Ska-P (torture), les Caméléons (torture), Millencolin, et la Sex Bomb, deux ou trois fois !
2006, avec Maxime et Guillaume le week-end : Emilie Simon, Jack Lang, Yann Tiersen... avec l'irruption en plein concert de... Diams (torture), Cocorosi
2007, je me suis contentée de me balader entre les stands à l'affût de trucs à grignoter, d'odeur de grillé à humer, de sons corrects à écouter. Je n'étais pas en vacance à ce moment là.
2008, voir plus haut.

Quant à Gabriel, il a 10 Printemps de Bourges à son actif !
1999 : Zebda, Asian Dub Foundation
2000, avec Alain : Louise Attaque, Dionysos, Enhancer, Fear Factory, Sergent Garcia (aime pas, moi), l'Orchestre National de Barbès, Ska-P (raaah), Michel Müller (lui, il a la classe), Michel Houellebecq (qui récitait ses textes sur du son pop-rock), Autour de Lucie, L7, Cypress Hill, Titan, Jamel Debouze (-_-), Boss Hogg, etc etc etc...
2001 : Placebo, Muse (aaaaah le concert qui potentiellement m'aurait le plus plu T_T), Marcel et son Orchestre
2002 : Mass Hysteria, Pleymo, Stupeflip, La Ruda Salska, Uncommonmenfrommars, The Jon Spencer Blues Explosion, Dionysos, Garbage
2004 : The Rasmus, Melissa auf der Maur, Enhancer, Incubus, Palindrome
2005 : Deus, Dionysos, Arctic Monkeys
2007 : Nosfell, Gotan Project

Maxime, Guillaume, et les autres, merci de compléter ! On a la mémoire qui flanche !

Bourges, tu vas me manquer.