Comme vous le savez, mon binôme d'amour et moi nous venons de débarquer dans les contrées souriantes aux grandes dents creuses de l'Auvergne. Nous découvrons donc pour la première fois le festival Charivari, qui prend place tous les ans dans la petite ville de Billom, à 25 km de Clermont-Ferrand. Une petite ville fière de son patrimoine deux fois millénaire, dont l'association Billom Renaissance oeuvre à la valorisation.


Crôm créa le son : premier jour

Le festival a démarré vendredi à 21 h par un concert phénoménal de trois heures, une performance pour le groupe qui n'a cependant pas dépassé le niveau 10.

En première partie, les deux damoiselles du groupe Belyscendre, vêtues de tuniques médiévales, chantent sur des airs plus ou moins connus ou reconnus les horreurs du mariage, et dressent un inventaire des jolis garçons de leur époque, qui s'avèrent être tous des louzeurs. Accompagnées d'une guitare, une flûte traversière et un tambourin, elles reprennent des chansons traditionnelles, bretonnes notamment, en modifiant partiellement les paroles et/ou la mélodie. J'ai ainsi retrouvé Les filles des forges, Le corsaire le grand coureur, La jument de Michao, chants qui rythment les pas, les déglutitions ou les éructations de tout bon scout qui se respecte.
Après une heure de chants gracieux de désamour, et un court entracte pour jeter un oeil sur la boutique : BD, CD, figurines.... le Naheulband vient mettre le feu ! Donc on reprend exactement les mêmes que dans la première partie, et on recommence, avec d'autres fringues et une bonne dose de slogans publicitaires (notamment pour la Britt, et c'est de la vraie bière bretonne).
Lady Fae la magicienne et Lili la guerrière sont au chant, l'orc, le ranger (POC), le nain, le voleur se partagent les instruments, même si le nain tourne surtout au chiantos et si le ménestrel ne joue que de la flûte. Je peux me rendre compte à quel point je suis à la masse. Faut dire qu'à part Le troll farceur, La marche des barbares et les chaussettes du nain, j'avais pas retenu grand-chose. Mais nous retrouvons les vieux classiques après les nouveautés, juste avant le premier rappel et pendant le deuxième, qui a duré au moins une demie heure. Premier rappel : Beatles revenge !
J'avais quelques appréhensions : je n'aime pas les concerts d'une façon générale. Mais aucun des éléments rédhibitoires qui effarouchent habituellement l'asociale que je suis ne viennent troubler ce concert. Concert joué, précisent les artistes, pour un public pas bourrin ! Il y a de la place au fond de la petite salle, ça ne sent pas la sueur et les substances illicites : un vrai plaisir ! En arrivant, nous voyons des enfants allongés sur le parquet. "Tiens, des offrandes !", me dis-je. Je me dis surtout que si un nain de trois ans va tenir le coup, alors, hein !


Et Crôm répandit sur la Terre des multitudes de créatures hideuses : deuxième jour

Au programme : jeu de piste pour les enfants et les enfultes, stands d'artisans, musique et danse traditionnelle, et cosplay ! Ainsi qu'un concert du Band de Seilhac, mais papi Gab et Mamie Gane sont trop fatigués pour suivre. En ce qui me concerne, l'attraction du jour aurait dû être le cosplay. Souvent les cosplay me mettent mal à l'aise : je ne peux pas m'empêcher de trouver un peu malsain que des adultes (ou des enfultes) se déguisent en personnage de dessin animé. En revanche, voir des adultes se déguiser en prudhommes ou gentes pucelles ne me choque pas : des gens bien le faisaient dans mon enfance. Enfin je crois.

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Il faisait un temps sombre. Mais tiède. \o/

Mais nous avons raté le fameux cosplay ! D'une part, parce que c'est assez mal indiqué... et surtout qu'on n'est pas passés par l'entrée où les plans étaient distribués. Nous sommes parvenus sur la place un quart d'heure après le début du concours. Elle était déserte, si on omet les gamins qui s'égosillaient "ouais, c'est bon, vous pouvez passer ! Y sont partis, les poireaux !'' Pourtant un badaud nous a confirmé que le cosplay avait bien eu lieu. Donc, d'autre part, il a dû durer deux minutes, alors que les pions costumés étaient légion : elfes noirs kitsch ou bliauds classiques et autres frusques carolingiennes. Bizarre.


Dans une petite ruelle au sol chaotique sont affichées des cartes runiques qui ne disent pas où vous êtes. Pratique.

On ne peut pas dire qu'il y a foule, mais on ne s'en plaint pas ! Le festival n'en est qu'à sa cinquième édition, et ne jouit pas d'une grande publicité : nous avons appris son existence sur le site de Naheulbeuk. Mais le jeu de piste met de l'ambiance : des gamins, accompagnés ou non de leurs parents, cavalent dans tout le quartier pour accomplir je ne sais quelle quête, acheter des chiantos au Donjon facile (comme si les enfants en avaient besoin), et surtout poursuivre les hommes-poireaux, que l'on sent arriver de loin. On voit aussi de temps en temps un poireau fuir devant un Zorro armé de vinaigrette ou des hommes en haillon s'ébattre dans le ruisseau.


Le grand pot-au-feuuu !


Le Donjon facile est toujours bien achalandé.

Le Donjon facile semble être un élément central dans le jeu de piste. Comme Gabriel et moi sommes des rabat-joie et qu'on n'est que tous les deux, on y participe pas ! C'est bien dommage. On y participera l'année prochaine, quand on aura des compagnons clermontois pour nous dire : "Allez, vas-y, quoi ! Z'êtes nases, tous les deux, là !" Car le festival comprend chaque année un jeu de piste sur un thème fantastique : le disque-monde, le Graal...


Sur la place de Gzor, les enfants (et les enfultes !) peuvent jouer avec des plateaux en bois.


Fais péter le biniou, Cunégonde !


A l'achèvement était le Verbe : troisième jour

Rendez-vous 13h30, hôtel de ville, pour une conférence multidisciplinaire servie par la plus haute technologie : power point. Nous sommes une centaine de novices assoiffés de connaissance (ou désireux de faire du bruit et poser des questions stupides), dont un elfe trop dark qui a le visage peint en noir depuis trois jours et un orc au corps entièrement vert. Du moins, je le suppose...


Oui, c'est lui, PenOfChaos en personne ! Et nous, comme on est toujours aussi nases, on n'ose pas se lever pour éviter de prendre des cheveux au Loréliane en photo !

Le professeur Pockovsky de l'Université de Glargh ouvre ce séminaire par un exposé fameux visant à répondre à cette question fondamentale, à la confluence de tant d'autres : quelle distance atteindra la flèche tirée par un arc composite d'elfe sylvain par un vent de force 3 ? Après quelques rappels nécessaires sur les flèches, les arcs, les elfes et les domaines verticaux forestiers, Dr Poc nous affirme que nous sommes bêtes de vouloir répondre à la question telle qu'elle est posée, puisque dans le domaine horizontal des troncs il n'y a pas de vent. La flèche, dans ce domaine, parcourt tout de même 15,38 m en moyenne, sauf si elle atteint, avant le tronc prévu par les lois statistiques, un voleur penché en avant.

Suite à cette révélation primordiale, le Dr von Schrapwitz nous propose d'effleurer cette question, autant que notre forme d'intelligence primitive nous le permet : La magie du feu, c'est dangereux ? Ou initiation à la pyromancie, niveau 1. Arrogant comme un prof de maths et d'électromagnétisme viré d'IBM au doux accent prussien que je ne nommerai pas, il nous rappelle fort justement qu'il ne faut bas gonfondre les Poules te feu avec les Boules de feu. (tout comme il ne faut pas confondre les ékwétions de Mèksswèle avec le café Maxwell)

Est intervenue ensuite Lady Fae pour nous parler du sujet qui intéresse au plus haut point les magiciens tels que moi, soucieux de pouvoir se reposer sur leurs ouvrages de référence en toutes circonstances : le sac multiplan à condensation astrale.
Je passerai vite sur les sujets mineurs : Norelenilia de Nilnerolinor, l'impact du développement mammaire des aventurières sur la biosphère du milieu donjonnique, les trésors pourris dans les donjons, la résolution foireuse de l'inextricable problème du nombre de nains qu'il faut pour creuser en deux jours un tunnel de 28 mètres dans du granit, car il me faut évoquer ce sujet épineux ô combien polémique : la réinsertion des mort-vivants dans le milieu humain.


Monsieur Alvor T. Funesto, ex-nécromant et actuel dépressif, est le fondateur du BIM.

Mr Funesto enseigne aux ex-nécromants les méthodes de réinsertion de leurs bêbêtes en faisant le distinguo indispensable entre les zombies, les squelettes et les nécrophages.

En somme, Charivari est un évènement à ne pas manquer si vous êtes sur la région, que vous veniez en famille ou entre potes ! Son originalité interactive sait faire participer absolument tout le monde. Si vous voulez devenir un aventurier accompli, accourez l'année prochaine à Billom, la ville où le boeuf braisé est bon !

Liens :

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Le site de Belyscendre
Billom Renaissance
Le site officiel du festival, qui ne sert plus à rien puisque c'est terminé.