Le chiffre trois

S'il n'y a qu'un corps, il n'y a pas de mouvement, il n'y a pas de problème à résoudre. Un revient à Rien. S'il n'y a que deux corps massifs, attirés dans l'espace l'un par l'autre, alors ils tournent l'un autour de l'autre, autour de leur barycentre, de façon prévisible et monotone. Mais lorsque le problème concerne trois corps, le chaos commence à s'insinuer dans le système.

Le trois évoque de façon universelle le dépassement de la dualité apparente des phénomènes. Le trois se rapproche de la vérité. Dans le trois, la création est possible. La dualité est une illusion, une projection dans notre dimension inférieure du mouvement unique du Tao. Le Tao est mouvement circulaire, qui projeté sur un axe (celui de notre dimension inférieure) donne l'illusion que deux pôles opposés existent.

Le trois implique l'existence de tensions circulaires créatrices. Ce chiffre a revêtu une grande importance pour les peuples indo-européens, et en particulier pour les Celtes : il permettait de diviser les différents stades de la vie, les royaumes naturels, les différentes facettes de la déesse.


Bodhi #1, 18 février 2010

La triade celtique a trouvé une certaine continuité dans la Trinité chrétienne qui rassemble le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Le Père est l'éternel. Le Fils est le Verbe, la Parole de Dieu, le Logos. Quant à l'Esprit-Saint, il se distingue du Père et du Fils, alors que le Fils, lui, s'identifie au Père. Le Saint-Esprit est le Souffle de Dieu, Pneuma. Il est également appelé "Paraclet", c'est-à-dire l'intercesseur, l'intermédiaire : l'Esprit-Saint, symbolisé par la colombe, descend sur les créatures et les relie au Créateur. Peut-on dire qu'il s'agit de la Présence divine (shekinah) ? Ces trois Personnes sont les trois hypostases de Dieu, c'est-à-dire qu'elles sont consubstantielles. Cette question a été objet de débats et de divisions au sein de la communauté chrétienne, dans les premiers siècles de notre ère, les différents courants n'étant pas d'accord sur les notions d'hypostase, de substance, de personne.
Pour les néoplatoniciens, qui influencèrent à la fois les chrétiens gnostiques et la kabbale juive, la notion d'hypostase servait également à distinguer trois formes de la divinité.

La Trinité chrétienne a pu être comparée aux trois sephiroth supérieures de l'arbre de la kabbale (Kether-Chokmah-Binah, Kether étant la sephira supérieure (blanche sur l'illustration), Chokmah la sephira grise et Binah la sephira noire. Parfois, Kether est remplacé par Daath, représentée par un tourbillon). Binah, principe "féminin", correspondrait alors au Saint-Esprit.


Brann, Shiva et Navis (ex "Brahmâ, Shiva et Vishnu") - 50x50cm - janvier 2007

EDIT de janvier 2012 : Les trois divinités anaganesques Brann, Shiva et Navis et le diagramme sacré d'Eloïvah !

Quant à la Trimurti hindoue, elle se compose des trois dieux principaux qui organisent l'univers : Brahmâ le créateur, Vishnu le préservateur et Shiva le destructeur. Brahmâ est un dieu caché, contrairement à Vishnu et Shiva. Ces deux derniers semblent entretenir une relation antagoniste. Ils se partagent la communauté hindoue : les uns adorent Shiva, les autres adorent Vishnu.


EDIT de janvier 2012 : L'Impératrice de l'AnA-Tarot

L'Impératrice est le troisième arcane du tarot. Selon le tarot d'Hermès-Thot (adopté notamment par l'ordre de la Rose+Croix, je crois, et l'Ordre hermétique de l'Aube Dorée), cet arcane correspond au chemin qui relie Chokmah et Binah, les plus hautes sephiroth du pilier de la rigueur et du pilier de la miséricorde respectivement. Il est donc particulièrement significatif.


Le Triskèle

Le Triskèle est constitué de trois spirales reliées entre elles. Une seule substance, mais un mouvement circulaire. Une seule force, mais trois formes.

Ce motif, qui traduit l'importance du chiffre trois pour nos ancêtres, orne notamment les pierres de Newgrange en Irlande. Ce grand tumulus aurait été construit il y a près de 3000 ans et impressionne les visiteurs contemporains par les belles spirales gravées sur ses mégalithes.
Le triskèle représentait pour les Celtes les trois royaumes, liés aux trois éléments : la mer, la terre et le ciel. Il a ensuite été utilisé par les chrétiens pour figurer la Sainte Trinité. Pour les Wiccans (néopaïens contemporains), il symbolise la déesse lunaire triple : la vierge (pureté), la mère (fécondité) et la vieille femme (sagesse).

Les motifs trilobés de ce type sont récurrents dans toutes les cultures. Par exemple, le Sam Taeguk coréen, l'équivalent du Taiji chinois.


Le Taiji chinois, symbole taoïste qui représente le mouvement unique des forces Yin (noir) et Yang (blanc). Chaque mouvement est le complémentaire de l'autre et contient forcément le germe de l'autre... Parce que leur opposition est une illusion : ils forment un tout nommé Tao.


Le Taeguk, l'équivalent coréen du Taiji. Le bleu représente le Yin et le rouge le Yang.


Le Sam Taeguk dépasse la dualité du Taeguk. L'inclusion d'un troisième élément éloigne encore davantage cette représentation du schéma illusoire de la dualité.


Les Entrelacs du Livre de Kells

Le Livre de Kells, manuscrit religieux du début du IXe siècle, doit sa célébrité à ses entrelacs ornementaux, typiques de l'art celtique.

Ces entrelacs évoquent l'interpénétration et l'interdépendance de toutes les choses, à toutes les échelles de longueur... Interdépendance qui s'accroit lorsque l'on progresse sur l'échelle de la complexité. Cette interpénétration se traduit par le chaos qui anime les organismes vivants, qui fait vivre les écosystèmes, qui façonne le monde des idées, qui structure le monde économique°*, qui perturbe le système solaire, qui transforme sans cesse l'univers entier en faisant émerger des îles d'informations dans un océan d'entropie.

Ce motif est mon préféré. Sa symétrie de rayonnement 6 dédouble le trois si significatif. La rosace à six pétales se retrouve au cÅ?ur du labyrinthe ci-après et elle structure l'arbre des sephiroth où trois roses se superposent. (voir Bodhi #1)


Le Labyrinthe de la Cathédrale de Chartres

Je l'ai utilisé pour représenter Malkhut (la sphère la plus basse dans l'arbre de la causalité et donc la plus matérielle) car ce labyrinthe m'évoque le chemin tortueux qu'il faut accomplir sur terre pour atteindre les sphères supérieures. Le pèlerin entre dans le labyrinthe puis suit, avec confiance, malgré les rétrogradations apparentes, le chemin qui le mène au coeur du labyrinthe. Ce cÅ?ur prend la forme d'une rose aux six pétales, là où la porte qui mène vers les mondes supérieurs est ouverte. De plus, la symétrie de rayonnement 4 (imparfaite) du labyrinthe rappelle le signe de la terre, divisée en quatre éléments.


Des petits bouquins avec des dessins, qui inspirent graphiquement :

Les Symboles des Celtes, Sabine Heinz, Guy Trédaniel Editeur
101 noeuds celtiques, Courtney Davis, Le Courrier du Livre

Des liens :

Poincaré et le problème des trois corps : www.poincare.fr
Le site de la cathédrale de Chartres : www.cathedrale-chartres.fr

Autopromotion :

Théorie de l'émergence, le vieux dossier.

°* Benoît Mandelbrot nous a quittés : Benoît Mandelbrot change de dimension