Vous trouverez sur le site de France Inter une biographie de ces deux personnalités dévouées, quatre oreilles pour vous écouter, quatre yeux pour voir, quatre mains pour... Un extrait de la biographie du docteur Philippe de Beaulieu :

"Lui-même fervent catholique, il nâ??hésite pas à se référer aux écrits religieux pour expliquer certaines dérives du genre humain."

"Philippe enseignera la biologie et la morphopsychologie (sa discipline de prédilection) à la faculté de médecine avant dâ??être révoqué pour avoir défendu des thèses créationnistes. "

C'est très précisément l'humour que j'apprécie : à la fois subtil et mini-lourdingue comme des sushis qu'on aurait laissé tomber (exprès) dans la sauce soja, du comique de situation, et - faut-il le préciser ? - de l'ironie, du second degré. Mais oui, il faut le préciser... J'ai été complètement sidérée lorsque j'ai lu les très nombreux commentaires laissés sur le site de France Inter par des auditeurs outrés qui étaient complètement passés à côté du second degré. J'ai du mal à le comprendre.

Exemples de commentaires laissés sur le site :


Chantal : "Fidèle auditrice de France Inter,je souhaite vivement ne plus avoir à entendre ces 2 individus qui ont des propos des plus choquants. J'espère que la direction de cette station du SERVICE PUBLIC va intervenir vigoureusement en supprimant ce programme."

Gérard : "cette émission est d une rare médiocrité.J'ose espérer que France Inter ne s'entoure pas sans précautions d'animateurs ,qui sous le couvert de l'humour,sont de vraies réactionnaires.Cette émission n a pas a être expliquée,seules les paroles des deux animateurs en sont les marqueurs.Arrêtez ça au plus vite. Pour ma part ,je cesse d'écouter votre antenne,jusqu'à la fin de cette émission!! Jâ??espère que ns serons des milliers dans le même cas!!"


WTF, Gérard ? Bon Dieu, mais vous rendez-vous compte que vous reprochez à ces deux acteurs talentueux de jouer leur rôle de gros fanatiques réactionnaires et faussement charitables à la perfection ? Mais oui, ils jouent bien. Ce talent fait qu'ils sont convaincants sans être trompeurs pour autant.
Personnellement, l'humour vaseux au second degré ambigu, je n'aime pas. Je n'aime pas qu'on se serve du second degré comme prétexte pour dire tout et n'importe quoi, pour s'autoriser à exprimer des idées puantes sans les assumer pour autant. Comme certains rappeurs ou certains humoristes qui sont soit trop lâches pour assumer leurs idées sans les farder d'un humour revendiqué mais absolument pas patent, soit trop peu talentueux (ou trop snob) pour parvenir à faire comprendre à leur auditoire par les figures de style appropriées qu'il s'agit d'ironie. En effet, la moindre des politesses est que l'on n'use pas de l'ironie avec des personnes non averties. Cet avertissement peut s'appuyer sur une large palette de figures de style ou sur un contraste contextuel : en l'occurrence, nous sommes sur France Inter (Didier Porte (avant), Stéphane Guillon (avant aussi), Sofia Aram... Daniel Mermet (qui, lui, n'est pas très drôle), et pas sur Radio Courtoisie. Rien que le contexte devrait faire tilt ! Mais non. Les gens tombent dans le panneau avec une facilité incroyable.


Un commentaire de François, que je trouve très raisonnable :

" De l'humour ? J'ai lu la majorité des commentaires. Je suis surpris de constater que nombre d'auditeurs sont venus sur ce site pour découvrir ou se voir confirmer qu'il s'agit d'un canular. Et oui, ce n'est pas convainquant à la première émission, ni à la deuxième, ni aux suivantes. Le mode d'emploi se trouverait donc ici, dans les commentaires des auditeurs dont certains n'ont rien de modestes ni de génial. Est-on génial en discréditant ceux qui n'ont pas compris ? Ã? voir. Il ne semble pourtant pas que je sois un vieux « con » et je dispose, de surcroît, d'un solide sens de l'humour.
J'ai écouté trois fois l'émission du 17 01, celle qui parle de l'échec scolaire de Valentin dont le bon-tonton lui mettrait la main dans le pantalon pendant des cours particuliers. Mesdames et Messieurs les béats de l'humour au second degré écoutez de nouveau cette émission, la deuxième seulement. Pensez-vous qu'il est possible de soupçonner un canular ? Cherchez le second degré. Pour ma part, j'ai pratiqué la profession de psychologue pendant plus de trente cinq ans et je peux vous certifier que des situations semblables existent bien dans la réalité et sont bien plus fréquentes qu'on ne le croît. Cette prétendue caricature est au raz de la réalité sociale. L'ennuyeux est qu'il n'existe pas de décalage évident bien que, je le reconnais, les traits soient forcés. Mais le sont-ils suffisamment pour qu'on puisse affirmer qu'il s'agit d'un décalage avec cette réalité, que ces humoristes méconnaissent, faisant surgir l'humour et le rire ?Pour un professionnel, son discernement le rend de suite à l'évidence. Bien entendu, j'ai immédiatement pensé qu'il ne pouvait s'agir ni d'un médecin, ni d'une psychothérapeute. Mais quelle ambiguïté! Trop d'ambiguïté pour qu'on puisse parler d'humour ! Et l'enfant (rentrant de l'école) qui entend ces curieuses, (drôles?) de réponses, il lui faut une sérieuse dose d'humour pour en rire, surtout s'il a subi des attouchements. Et ces familles empêtrées dans le non-dit, la loi du silence, la crainte de la dénonciation ainsi que dans la culpabilité. Culpabilité surtout pour les enfants qui la reprennent à leur compte et ne peuvent la dire. Ces auditeurs ne seraint-ils pas dignes d'être des auditeurs de France Inter ? Ont-ils seulement internet pour aller voir si c'est du lard ou du cochon?
� ce point de cette trop courte démonstration et, pour ne pas lasser ceux qui ont envie de rire de ce sujet en y trouvant un énieme degré, je vais écouter Daniel Mermet. J'ai raté le début.
Et puis je retrouverai mon sens de l'humour. En réagissant, j'ai l'impression de l'avoir perdu.
Travaillez la forme et le fond et peu-être parviendraient vous à me faire rire. Mais je vous l'assure Madame la thérapeute et Docteur Beaulieu vous avez du travail !
François ''


Bon, j'ai expliqué que je pensais effectivement que le second degré devait être sans ambiguïté ou ne pas être du tout, mais là... Les ricanements niais au début et à la fin, les blancs appuyés, les quiproquos improbables, des hyperboles à foison : ça ne laisse pas trop place au doute, quand même.

L'administrateur de la page facebook du groupe a fini par expliquer aux gens que c'était de l'humour : "A ceux qui ne l'ont pas compris, cette émission est à prendre au second degré.
Il faut l'écouter avec assez de recul pour ne pas être choqué. Mais il faut également un zeste de concentration pour jouir de toutes ses subtilités.
Tous les intervenants sont des comédiens.
Tout cela n'est fait que pour nous faire rire. Et que c'est bon !"

C'est quand même mieux quand on n'a pas besoin de le dire... Mais la faute n'incombe pas aux acteurs et auteurs de cette excellente émission, héritière de Desproges (de nombreux auditeurs ont qualifié les auteurs de "Desproges dans talent", d'ailleurs... chuis po d'accord. Evidemment, ce n'est pas du Desproges : la présentation est complètement différente, mais les ingrédients sont les mêmes), des Deschiens, de Les Nuls, des Inconnus. La grande époque du rire... J'étais enfant, alors. (voire bébé. A peine deux ans quand Desproges nous a quittés...) Cette liberté de ton des années 80, 90, liée à un réel talent qui évitait toute ambiguïté sur le réel message qui était passé, a sans doute conditionné mon sens de l'humour.

Pour finir, un commentaire intéressant de Molly :

"Bien plus que de l'humour, c'est une façon brillante de nous rappeler à chacun que la peur de l'autre et la mesquinerie sont en chacun de nous et pas circonscrits à "des individus" voire des électeurs. Dénoncer aussi les jugements terribles qui se glissent chez beaucoup de soignants ou de tenants du savoir, c'est assez salubre je trouve. Si on s'est laissés prendre au jeu, c'est aussi parce que ces idées ne nous semblaient pas si aberrantes, et plus grand sera le rejet de ces deux intervenants, plus grand sera peut etre notre déni de notre propre mesquinerie instinctive."

Encore bravo à Zabou Breitman et Laurent Laffite.

Bisous.

(bonus : article de L'Express)