Dans ma réponse à Katie (), je parle de la conférence de Jean-Pierre MARGUENAUD (professeur de droit privé à  la Faculté de droit et des sciences économiques de Limoges et directeur du Centre de recherche sur les droits de la personne, auteur de L'Expérimentation animale : entre droit et liberté et de L'Animal en droit privé, ouvrage de référence) et de Claude REISS (biologiste moléculaire, ex-directeur de recherche au CNRS et président de Antidote Europe), qui a eu lieu à la Faculté de droit de Clermont-Ferrand le 19 février 2010.

Le propos de Claude Reiss était le suivant : les observations sur l'animal ne sont pas efficacement transposables à l'être humain. Aucune espèce animale n'est un modèle fiable pour une autre.
Un exemple donné par le biologiste : les effets des pesticides. Il est vrai que les pesticides ont un effet similaire sur les insectes et sur les humains, à savoir qu'ils entravent la communication entre les neurones. Et pourtant, on nous en fait bouffer plein, ce qui contribue à l'explosion de la proportion d'êtres humains atteints de maladies mentales, maladies neuronales en fait, d'origine physiologique, qui peuvent avoir une cause génétique (cause non exclusive et condition non nécessaire). La présence de certains gènes constitue un terreau favorable au développement de maladies telles que l'autisme, "déclenchées" par l'ingestion de cochonneries (pesticides, hormones de synthèse, etc, présentes dans toute notre bouffe industrielle). En vingt ans, la proportion de personnes atteintes de l'autisme dans les pays industrialisés a été multipliée par douze. Et pourtant, Dieu sait si on en a fait, des expérimentations sur les animaux, et s'ils en ont bien mangé, des pesticides ! Ah oui, sauf que tester l'effet des pesticides sur les animaux n'a pas permis de prévoir les effets secondaires de ces pesticides sur les humains, et, bizarrement, l'effet principal est le même mais on l'occulte complètement. En gros, on considère que les souris, les singes et les cochons nous ressemblent uniquement quand ça arrange les industriels.
Autres exemples : Le virus Ebola a pratiquement le même effet clinique sur les humains et les chimpanzés... Contrairement à l'hépatite B. Et le chimpanzé, lui, est indifférent au VIH. De même, l'expérimentation sur les singes quant aux problèmes neurologiques n'a rien donné. (je reprends les termes employés par Claude Reiss)

(EDIT du 29/04/2012 : petit article sur la pollution favorisant l'autisme, sur Fututa-sciences)

Si l'expérimentation sur les animaux n'est pas efficace, quelle alternative ? Pour Claude Reiss, la solution réside dans la toxicogénomique. La toxicogénomique consiste à voir comment les produits mobilisent les gènes, à observer le comportement de l'ARN messager. Selon le biologiste moléculaire, cette méthode serait bien plus efficace.

Je vous invite à aller voir le site d'Antidote Europe si vous souhaitez approfondir le sujet, et de lire notamment cet article : "Pourquoi l'animal n'est pas le modèle biologique de l'homme".

Bref, nous disposons de moyens plus efficaces que l'expérimentation sur les animaux pour prévoir l'effet de nouvelles substances sur l'être humain. La morale, la compassion nous ordonnent d'employer ces moyens, outre la recherche d'efficacité. Si on peut éviter de torturer des animaux, alors évitons-le, bordel ! Et, personnellement, je serais même pour l'utilisation de moyens alternatifs moins fiables pour y parvenir. Compassion, morale, équité... Ce ne sont pas de vains mots. On en vient à la question de la science pratiquée avec ou sans conscience. Science sans conscience n'est que ruine tout court, ruine de tout, on le constate aujourd'hui. Ruine de notre environnement, de notre santé physique et mentale. Je vous conseille de lire, sur ce sujet, Le Livre noir de l'agriculture, d'Isabelle Saporta.

Science avec conscience, c'est un thème important du dernier ouvrage de Trinh Xuan Thuan (astrophysicien américain et francophobe d'origine vietnamienne), Le Cosmos et le Lotus.
L'ouvrage est découpé en trois parties. La première partie ("ce que je suis : à la confluence de trois cultures") est autobiographique. Dans la deuxième partie ("ce que je cherche : la science dans tous ses états"), TXT nous parle de l'objet de ses recherches et dresse un plaidoyer pour une vision holistique, non déterministe et non réductionniste de l'Univers, conforme aux découvertes de la physique contemporaine. Dans la troisième partie ("ce que je crois : le quantum et le lotus"), il exprime sa conviction que la science sans la spiritualité (le "Cosmos" sans le "Lotus") est vaine. La science et la spiritualité doivent exercer une action complémentaire sur l'humanité pour lui permettre de progresser réellement. Quelques extraits :

" Si la science nous apporte des informations inestimables, elle a peu à voir avec notre progrès spirituel. De son côté, la spiritualité - le bouddhisme dans mon cas - a pour objectif notre transformation intérieure, et cela dans le but de penser et d'agir juste et de développer en nous le sentiment de compassion afin que nous puissions aider les autres. "

Katie () a écrit : "Or, il n'y a aucune alternative à la majorité de ces expérimentations, à part les faire directement sur des humains." Bah, malheureusement, les expérimentations sur les animaux n'ont pas empêché les expérimentations sur les êtres humains. TXT évoque un exemple de "dérapage" qui fait froid dans le dos. Où cela s'est-il passé ? Dans l'Allemagne nazie ? Au Japon il y a un demi-siècle ? En Russie soviétique ? Au Kazakhstan ? Non :

" Entre 1932 et 1372, quatre cents Américains de l'Etat d'Alabama, tous pauvres et noirs, ont été utilisés à leur insu comme cobayes par le Public Health Service afin d'étudier l'évolution à long terme de la syphilis. Ce n'est qu'en 1997 que le Président Clinton a présenté ses excuses au peuple américain."

Quand on n'est pas sensible à la souffrance des animaux, on ne l'est souvent pas davantage à celle des hommes.

" Face à de tels problèmes éthiques et moraux, le scientifique a le devoir de ne pas oublier son humanité. Pour moi, une démarche spirituelle non dogmatique, comme celle du bouddhisme, est essentielle. "

Bon, je n'ai pas forcément choisi les extraits les plus judicieux, mais j'ai un peu la flemme de re-éplucher tout le bouquin. En tout cas, je vous le conseille chaudement.

Sur ce, et sans conclusion ni autre lubrifiant, le parasite que je suis vous laisse et vous fais des bisous. Bah oui, je ne fais pas que écrire des trucs inutiles à la société, j'ai plein d'autres trucs de parasite à faire : faire des bisous à mon bébé parasite, dessiner un nouvel arcane de parasite de l'AnA-Tarot, lire des livres de parasite... Et même jouer à des jeux vidéo de parasite, tiens. C'est dire à quel point je suis un parasite. Le parasite-geek-ex-étudiante-mère-au-foyer, c'est le pire, on est bien d'accord.

Allez, bisous. :*

Ajout du 30 janvier : Je viens d'apprendre en écoutant la tête au carré (France Inter) que " l'Union Européenne a voté en 2010 l'interdiction des expérimentations sur les grands singes, et les USA se dirigent actuellement vers une forte restriction des recherches menées sur les chimpanzés : un groupe d'experts indépendants vient d'évaluer la nécessité ou non d'utiliser ces grands singes dans les recherches biomédicales. Leur conclusion est claire : si le chimpanzé était un modèle valable dans les recherches antérieures, ces expérimentations sont aujourd'hui inutiles dans la grande majorité des études scientifiques. Le chimpanzé ne devrait être utilisé qu'en absence de toute autre alternative, et dans le cas où l'arrêt des recherches compromettrait des avancées concernant la lutte contre des maladies mortelles ou invalidantes. "

Je trouve que c'est déjà  une très belle avancée.