Aux côtés des Héritiers de la Septième Aube, Brann déjoua les plans machiavéliques de l'Empire de Garlemald. Lors de son infiltration dans les rangs de l'armée impériale, les flashs de ses années perdues, les souvenirs incompréhensibles, hantèrent son esprit d'une manière plus violente que jamais. Les images décousues de ses souvenirs se superposaient aux images du présent. La technologie occulte, les langages indéchiffrables, les décors inconnus : aucun doute, il s'agissait de l'Empire et de leurs alliés démoniaques, les Asciens. Les miasmes visuels noirs et violacés qui émanaient de Lahabrea étaient ceux qu'elles avaient vus, sentis, vécus pendant ses années oubliées, elle en était persuadée ! Et c'était ces mêmes brumes qui obscurcissaient présentement son esprit ! C'était Garlemald qui l'avait capturée, séquestrée et amputée de sa mémoire !

Mais qui, exactement ? Comment, pourquoi ? Malheureusement, cette confrontation à l'Empire ne lui apporta pas plus de réponses. Et aucun des protagonistes de cette épopée, pas même Cid, ne fut capable de lui apporter un début d'explication, une esquisse d'hypothèse, un embryon de théorie. Les soupçons de Brann s'étaient évidemment portés sur Nero tol Scaeva, avec ses penchants faustiens de savant fou blessé dans son ego, fasciné par le pouvoir que représentait le don de l'Echo. Ou bien avait-ce été à l'instigation de Gaius van Baelsar, qui s'était plu à instiller davantage le doute dans l'esprit de l'aventurière par des allusions très floues et quelques poncifs cyniques ? Malheureusement, Brann n'avait pu cuisiner ni l'un ni l'autre.

Ainsi, malgré les amitiés sincères qu'elle avait nouées avec les Héritiers, la barde se sentait très seule – seule avec ses doutes abyssaux, ses interrogations sinusoïdales, ses espérances zébrées. Même Minfilia ne pouvait pas comprendre la profondeur de ses tourments. Quant à Hydaelyn, qui malgré son omniscience supposée n'avait pas levé un petit doigt cristallin pour éclairer Brann, elle était probablement une espèce de sadique qui se délectait de ce spectacle. Et si Lahabrea avait raison ? Si Hydaelyn n'était véritablement qu'un parasite maléfique de la planète sous ses airs de gentille mémère cristalline ?

Laïus de Lahabrea : « [Hydaelyn] est un parasite qu'il faut exterminer pour guérir la planète. (…) Seul le retour du vrai Dieu assurera son anéantissement total. (…) un chaos plus grand est nécessaire pour ouvrir un chemin au seigneur des Asciens. »

Brann s'immergea de plus en plus dans l'ivresse de l'action et du danger pour canaliser l'ardeur de sa colère et pour noyer, dans ce brouhaha, l'incessant roulis de ses lamentations intérieures.
Elle entreprit notamment des voyages particulièrement intenses voire abusivement immersifs dans les réseaux éthérés qui parcourent la planète (à partir de maintenant, nous dirons plutôt « éthériques », parce que nous aimons mieux). Emprunter le réseau des éthérites devint plus qu'une simple façon de se téléporter : c'était devenu une nouvelle voie d'exploration et une nouvelle source d'excitation, car Brann apprit à dilater le temps pendant son transport entre deux éthérites, et à utiliser ce flux d'éther pour visualiser d'autres mondes !
La Guerrière de la Lumière put ainsi, à travers les trous de vers interdimensionnels dilatés par l'éther, contempler d'autres mondes (à défaut de pouvoir y entrer, car cela était théoriquement et pratiquement impossible. Jean-Pierre Luminet explique très bien pourquoi dans son ouvrage « Le Destin de l'Univers ». Cependant, la théorie sera largement dépassée par la réalité, comme nous le verrons dans l'épisode 3).


Brann contempla des mondes paradisiaques et des mondes infernaux – il était difficile pour son mental d'hyure de gérer un contraste spirituel aussi violent, et il lui semblait parfois qu'entre tous ces extrêmes son être s'étirait comme un spaghetto, puis s'étirait encore en fil de soie, en filament micrométrique, en chaîne de molécules, en réseaux de particules intriquées (Brann connaissait intuitivement ce phénomène, bien sûr), puis en un flux d'énergie fluette. Allait-elle ainsi s'étirer jusqu'à la rupture ? Son esprit allait-il se déchirer ? Hydaelyn soit louée : NON ! Car Brann était une Guerrière de la Lumière, et son esprit était suffisamment fort !

C'est ainsi que Brann recroisa son amie Lightning, une âme rebelle et chevaleresque aux goûts vestimentaires hétéroclites qui cherchait courageusement à démanteler l'influence d'un démiurge.

C'est ainsi qu'elle fit la connaissance d'un ancien dieu-roi démoniaque, aux allures de samouraï céphalopode géant, incarné dans le corps d'une hyure dont il avait dissout tous les organes internes et teint quelques mèches de cheveux en bleu.

C'est ainsi qu'elle découvrit, avec stupeur, l'existence d'une planète étranglée par des masses inconcevables d'affreux hyurs très mesquins et très sinistres.

Le rapport de Brann aux voyages éthériques devint celui d'une droguée. Heureusement, Hydaelyn lui faisait quelques ristournes pour éviter que toutes ses économies en gils n'y passent.

Il est bon de savoir qu'une utilisation excessive du réseau d'éthérites peut provoquer des bouleversements dans le champ morpho-chromatique de l'usager. C'est ainsi que Brann change parfois de carnation, et que ses couleurs physiques peuvent laisser la place, aux yeux de ses contemporains, aux couleurs de son corps éthérique !

Comment Brann va-t-elle se sevrer ? Hydaelyn est-elle une entité perverse et sadique ? Nero tol Scaeva est-il un cousin de Brann au sixième degré ?

Pourquoi s'habille-t-elle d'une manière si légère pour danser et chanter des chansons grivoises avec des amis frivoles ?

C'est là que les choses vraiment sérieuses commencent vraiment !

Fin de l'épisode 2. Bientôt... l'épisode 3. L'épisode 3 sera plus long, avec plus de vrais trucs, et avec quelques... réponses ! Ouiiiii !
Et plus de dessins de moi, aussi.
Il n'y aura pas (encore) de sexe romantisme et de bagarre, mais il y aura toujours du psychédélisme, et il y aura aussi du crossover, et surtout des retrouvailles joyeuses et tristes à la fois.