Brann avait été guérie de son éthéroolisme grâce aux mesures drastiques prises par Hydaelyn. La déesse lui permit ensuite d'accéder de nouveau au réseau d'éthérites. La barde-mage reprit donc, à un rythme raisonnable, ses balades éthériques/éthérées/éthéréennes.

Malgré la reprise de cette activité plaisante, Brann se sentait frustrée. Et cette frustration n'avait rien à voir avec un manque éthéroolique, boulimique ou ex-stormoolique ( en effet, sous l'influence bénéfique d'une Brann revenue dans le droit chemin et grâce à son éloquence boostée par l'intervention d'Hydaelyn, la secte Storm avait été convertie en véritable compagnie libre, et les adorateurs concupiscents de l'idole hermaphrodite à l'effigie d'Halicarnasse étaient devenus de francs aventuriers voués à la cause eorzéenne).

Oui, donc – cette frustration était bien plus profonde, affective et cruelle que cela. Ce qui manquait si cruellement à Brann était... un mentor. Son potentiel exceptionnel l'ayant propulsée d'une manière outrageusement rapide dans les sphères stratosphériques de la magie, elle avait supplanté ses professeurs successifs avec une indécente facilité, et même avec une désinvolte félicité tant que son ascension avait fulguré. A présent, au sommet de l'art magique, elle était seule. Tristement seule. Pourtant, elle ne comptait pas en rester là ! Elle voulait continuer à apprendre, à percer les mystères des éléments. De plus, il lui fallait davantage de puissance pour espérer vaincre les Asciens !

Il sembla que les dieux du destin furent sensibles à sa détresse.

Alors que Brann venait de faire un gros bras d'honneur devant le sanctuaire des Douze en distribuant aux dieux tous les noms d'oiseaux qu'elle connaissait (elle insultait aussi Hydaelyn de temps en temps, mais le train de ses injures roulait sur le rail de son indifférence), elle fit LE voyage éthérique qui changea sa vie : elle virevoltait dans les veines moirées de l'hyperespace, quand elle se retrouva à naviguer aux côtés d'un être éblouissant. Un être en lequel elle put déceler un pouvoir supérieur au sien, une intelligence exceptionnelle et une capacité d'analyse d'un niveau diabolique. Il va sans dire que Brann fut subjuguée, et ce d'autant plus que les iris de cette roegadyn brillaient d'un magenta hypnotique.

D'un commun accord télépathique, les deux femmes décidèrent de faire une halte ensemble en Eorzea. A la Taverne des Sables Mouvants, elles devisèrent longuement et gaiement, cervoise à la main et mousse maltée aux lèvres. Il fut question de théories magiques, de théories éthériques puis de théories politiques.

La charmante roegadyn, prénommée Merlina, semblait connaître Eorzéa comme sa poche bien qu'elle prétendît ne pas en être originaire. Cette dernière fut avare en informations personnelles... Contrairement à Brann qui, emportée et même transportée par les voiles célestes de son engouement, lui accordait une confiance aveugle et lui raconta toute son histoire, tout de ses mésaventures, y compris son contentieux avec les Asciens. Lorsque la jeune barde-mage eut achevé son récit, Merlina, pleine de sollicitude, lui proposa d'aller se détendre ensemble à l'Oasis oubliée. Brann ne pouvait qu'accepter.

En chemin, la roegadyn avoua à la jeune hyur son intérêt pour elle et pour son potentiel encore inexploité. Elle lui proposa de lui transmettre son savoir.

Lorsqu'elles arrivèrent vers le cours d'eau à la fraicheur bienfaisante, Brann se dissimula entre les palmiers pour enfiler dos-nu et pantalettes. Elle sortit timidement de sa cachette, le cœur battant. Et elle découvrit Merlina. Elle découvrit son grand corps athlétique. Les mèches de sa longue chevelure blanche miroitaient comme des arcs-en-ciel de nacre. Et son regard, si envoûtant... Et ses lèvres, comme un papillon de velours noir...

" Brann, tu saignes du nez. "

Et sa voix, si claire et si grave à la fois, si lumineuse et si profonde en même temps...

" Braaaa-aaaaann ? "

Une mélodie baroque, au rythme de la danse résonnante des lunes de Menphina...

" Brann ! "

Son cœur battait à lui rompre la poitrine. Le sang pulsait bruyamment et douloureusement dans ses tempes.

Merlina s'approcha d'un long pas souple et posa sa grande main sombre sur la joue rose de Brann. Du pouce, elle essuya le filet rouge.

- Tu – saignes – du – nez, Brann, répéta Merlina.

- Oh euh.. Ah oui, haha ! Ah ouais, ça doit être à cause des voyages éthériques, tout ça... Tu sais, c'est comme dans Lost, quand les hyurs commencent ààààà...

- Viens donc t'asseoir. Tu es toute tendue, ma parole ! Tu n'apprendras rien de correct tant que tu ne seras pas délivrée de toutes tes tensions, physiques comme mentales...

Merlina s'éloigna et posa gracieusement ses fesses musclées dans l'onde. Brann se posa gauchement à côté d'elle, regrettant la proximité de quelques miqo'tes.

- Te sens-tu mieux, à présent ? s'enquit Merlina.

- Euh oui, haha, fit Brann en un sourire crispé. L'eau est vraiment bonne.

- Hey, elles ont l'air... sympathiques, ces jolies miqo'tes, non ?

Brann fit la gueule. Merlina passa alors son grand bras vert de gris autour de ses épaules, et la jeune femme surprise tourna son regard énamouré vers le visage souriant de la roegadyn. Elle plongea dans la vibration magenta de ses yeux, tandis qu'un papillon de velours noir se posait sur ses lèvres.

Fin de l'épisode 4

Le premier grand amour de Brann sera-t-il le bon ?
Est-il très sain d'entretenir ce genre de relations avec son mentor ?
Y a-t-il anguille sous roche ?

Les réponses à ces questions essentielles seront dans la suite pas encore écrite.

Quelques autres screens pour se faire saigner du nez :

Je dois préciser que ce qui a motivé cette parenthèse éromantique, c'était bien sûr l'envie de plagier un couple illustre : Willow et Aluwyn. <3

Je ne me lasse pas de montrer cette magnifique couverture de Jo Chen :